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A deux doigts du 1er sommet

Vendredi 15 février 2013

Le réveil de ce matin est plus matinal qu'à l'accoutumée car le petit-déjeuner est prévu pour 7h. Une sorte de feuilleté au fromage délicieux, le banitza, nous est servie. Comme Eva est généreuse dans les portions, il en reste plusieurs pièces pour le pique-nique de ce midi. Je m'en réjouis d'avance.

Nous partons peu après, remontant les rues que j'ai empruntées hier soir jusqu'aux oeufs. Puis, nous nous engageons sur une route extrêmement sinueuse où, à la sortie de chaque virage, nous entamons déjà le lacet suivant. La station paraît particulièrement étendue au vu du temps de trajet : après une demi-heure de montée, nous arrivons au parking supérieur où Konstantin nous dépose. C'est la dernière fois de ce séjour que nous chaussons les raquettes.

Nous démarrons par la traversée d'une piste encore déserte à cette heure matinale avant de suivre une trace relativement large qui s'engouffre dans le couvert forestier. La progression est aisée sur un terrain plat que l'on qualifierait de "promenade" en ski alpin. Nous passons à deux reprises sous un télésiège quatre places et traversons une nouvelle piste, noire cette fois donc peu fréquentée. En contrebas, un circuit de biathlon avec stand de tir devant servir à une compétition internationale.

 

Nous nous engageons ensuite sur ce qui, en été, est la route. Après un petit pont se profile un premier refuge abandonné. A partir de là, c'est à nous d'ouvrir la sente dans une poudreuse qui atteint le haut des mollets. De multiples free-riders dévalent ici et là des couloirs d'avalanche. Ultimes cris qui viennent perturber la quiétude des lieux.

Un second refuge apparaît bientôt juste après un passage délicat. Voulant aider Patricia dans ce raidillon, je lui tends la main, attrape son bâton et tire. Mais celui-ci se déboite par le milieu et l'intention reste sans suite... Au refuge, nous laissons Françoise et partons pour un sommet à 4h de marche aller-retour. Le dénivelé est déjà plus conséquent. Au lieu de filer directement sur l'objectif, nous amorçons une large boucle par la gauche du massif pour nous présenter par un versant plus abordable. De ce côté, nous entrons dans une sorte de cirque où se nichent de nombreux lacs dont nous devinerons les formes plus tard. Nous ne sommes que des fourmis évoluant au coeur d'une immensité blanche, vierge et silencieuse.

L'allure est montée d'un cran depuis le refuge : nous faisons moins de haltes pour la reconstitution du groupe. Ivan nous félicite et avoue même souffrir un peu mais c'est lui qui ouvre la voie. Nous nous élevons rapidement, l'inclinaison de la pente est forte. Le souffle court, les arrêts de courte durée se multiplient ainsi que les plaintes de notre guide qui a souvent besoin de récupérer. En contrebas, les lacs commencent à apparaître : on les devine à peine mais il y en a partout ! Des traces de lièvres et de chamois des Balkans ainsi que de rares chants d'oiseaux trahissent l'existence d'un peu de vie. Malheureusement ce naturel va bientôt être pollué par le bruit mécanique de motoneiges qui se propage vers les hauteurs avec cette caisse de résonnance qu'est le cirque.

Le temps finit par se couvrir très rapidement. Notre sommet disparaît dans les nuages alors que nous n'étions qu'à une centaine de mètres en ligne droite. Sachant que nous aurions pris un chemin indirect nécessitant au moins une heure de plus, Ivan, pour une fois conscient de la sécurité, nous invite à faire demi-tour et à entamer la redescente. Laëtitia et moi allons en profiter pour nous défouler à courir presque comme les huskys : se joue rien de moins que la finale olympique. Le moment est réellement divertissant. A peine plus bas, séance toboggan sur une pente raide. Mon pantalon et mon coupe-vent se séparent à nouveau et je renoue avec une danse folklorique pour le moins rafraichissante.

Suit la traversée d'un couloir d'avalanche où Laëtitia me gratifie d'une cascade que je manque encore de filmer en intégralité mais surtout qui se termine bien. Je suis déçu : les Oscars ne seront pas encore pour cette année ... Derrière Patricia accuse la fatigue et évolue avec prudence, attendue et soutenue par Hervé. Ivan nous laisse partir en avant et les attend. Dernière grosse descente avant le refuge. Presque un mur. Laëtitia se lance la première, évite habilement l'arbre mort ... pour se prendre le vivant. Presque un dessin animé ! Je m'élance à sa suite espérant secrètement corriger légèrement la trajectoire. Objectif rempli à moitié puisque ma direction change un peu pour mieux me prendre la totalité de l'arbre. La neige vole partout, je deviens quasiment bonhomme de neige car j'en suis couvert de la tête aux pieds. Heureusement que la végétation est grêle par ici et que les aiguilles sont douces et non piquantes parce que j'aurais très bien pu me convertir en hérisson le cas échéant.

Nous laissons en retrait Patricia, Hervé et Ivan qui ne s'élancent toujours pas. Leur descente aurait pourtant valu son pesant de cacahuètes car ils ont dévalé la pente à 3 de front, perdant une paire de bâtons dans l'aventure. De notre côté, nous retrouvons Françoise au refuge après un sprint bassement remporté par Laëtitia. Mais cette fois-ci je pose auprès des arbitres une demande de disqualification pour faux-départ car n'ayant pas été prévenu de cette nouvelle course, je ne pouvais combler mon retard et lutter à armes égales avec une telle athlète. Nos trois autres compagnons débarquent un peu plus tard avec non moins d'entrain et de spectacle.

Au cours du déjeuner, nous voyons débarquer une cordée de cinq Bulgares ayant eux arrêté leur ascension avant le sommet du Vihren (le plus haut pic) alors qu'ils luttaient depuis 5h du matin. Dehors, Lilo et Alem nous attendent.

Nous entamons la dernière partie de la descente en ordre dispersé : Ivan nous a autorisés à aller de l'avant pendant qu'il palabre interminablement. Nous n'en demandions pas tant pour nous réchauffer dans cette atmosphère glaciale. Le "hic" c'est qu'il n'avait pas prévu de ne pas parvenir à nous rattraper.  Laëtitia et moi avançons effectivement d'un bon pas avec les huskys pour guides. Aussi n'avons-nous pas entendu les sifflements habituellement stridents d'Ivan lorsqu'il s'est agi d'aller voir les plus vieux arbres de Bulgarie.

Ultimes enjambées : le refuge abandonné, les remontées et la piste de biathlon, le chemin forestier. Petit pincement au coeur que ça se termine déjà. Mais j'ai la chance de repartir très bientôt. Le parking atteint, je ne me résous pas à attendre l'arrivée de nos poursuivants car, en bordure de piste, je ne perçois pas d'intérêt particulier à observer la multitude des descendeurs. Aussi rebroussai-je chemin pour un peu de rab. Quelques minutes supplémentaires pour en profiter encore jusqu'à apercevoir au loin nos compagnons. Je fais alors demi-tour et retrouve ma meilleure amie en train de contempler, le sourire aux lèvres, les skieurs. En attendant de venir pratiquer toi-même dans mes Pyrénées j'espère bien.

La camionnette orange de Konstantin avale les lacets l'un après l'autre. Retour à Bansko pour récupérer nos affaires et nous changer avant de filer sur Sofia. Soleil couchant au-dessus de la couverture nuageuse accrochée aux sommets. Descente au milieu des collines aux formes douces couvertes d'arbres verts ou marrons mais rarement nus. Le ruban asphalté se déroule au rythme où la pellicule se rembobine car nous empruntons exactement les mêmes routes qu'à l'aller. 3h de trajet sont nécessaires à une allure modérée pour couvrir les 157 kilomètres. La nuit est à présent tombée et la circulation se densifie en cette veille de week-end.

Ivan nous abandonne pour rentrer chez lui. Lilo et Alem disparaissent avec lui. Puis, c'est au tour de Konstantin qui a terminé son service en nous déposant à l'hôtel. Nous sommes livrés à nous-mêmes jusqu'à demain 13h30. L'heure étant avancée pour un repas au restaurant, nous préférons diner dans la chambre. Laëtitia se propose d'aller faire les emplettes nécessaires dans la halle couverte pendant que je me prépare. La soirée se termine avec quelques parties très agréables. Nostalgie de ces moments de jeu qui rompent avec mon quotidien et vont me manquer pendant quelques semaines. A présent, ça va être place aux blogs et vidéos de voyage, une autre façon de se faire plaisir.

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